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Le lien mis à...  L'épreuve

«tiré de la revue Actualités bibliques vol. 29.2 publiée par la Société biblique canadienne». Avec leur autorisation.

 

L'histoire d'un mariage se déroule comme la succession des jours. Les matins ensoleillés alternent avec les après-midi orageux ; les nuits glaciales succèdent aux journées de grande chaleur; les vents violents et les douces brises se suivent tout au long des saisons. Tous les couples traversent des périodes de tempêtes et de froidure ; certains demeurent unis sans trop de difficultés, alors que d'autres, malgré d'énormes efforts, n'y résistent pas. Chance ou malchance, hasards de la vie ? Certains pourraient le penser. Je crois, par contre, qu'à la lumière de l'expérience et de la réflexion nous pouvons noter certaines circonstances ou certains facteurs liés au succès ou à l'éclatement d'une vie de couple. En identifiant ces éléments, nous examinerons le lien avec certains passages des Écritures. Au départ cependant, une mise au point s'impose afin que nul ne se sente jugé dans cette réflexion. .

L'accueil de la grâce, un chemin vers la compassion

Il ne faudrait pas perdre de vue que le bonheur est un don gratuit de Dieu et que l'épanouissement de l'amour est le fruit de l'intervention divine. Une vie de couple harmonieuse est toujours une grâce, un cadeau de Dieu. Ma seule contribution consiste à accueillir ce don et à,, orienter ma vie en fonction de cet accueil. Ignorer cette réalité, c'est succomber à la tentation d'orgueil qui consiste à s'approprier le mérite : de la réussite de sa vie amoureuse. On en vient alors à juger comme fautifs et responsables de leur malheur ceux et celles qui affrontent l'échec dans leur mariage. Déjà l'Ancien Testament, dans le récit de Job, dénonce ceux qui jugent et condamnent le malheureux en attribuant à sa faute la raison de son échec. Nous savons également à quel point Jésus rejette cette attitude (la parabole du pharisien et du publicain, celle de la brebis perdue ou de l'enfant prodigue, le récit de la femme = adultère).

Chez ceux et celles qui vivent la grande joie d'un mariage durable, la reconnaissance de la gratuité de la grâce de Dieu doit, au contraire, susciter une profonde compassion pour leurs frères et soeurs dont la vie de couple s'est heurtée à un douloureux échec.

La décision d'aimer.

L'accueil de la grâce ne signifie pas une attitude d'attente passive, une absence de responsabilité ou l'abandon à une sorte de pensée magique. Au contraire, cet accueil doit se traduire par des choix fondamentaux et requiert un effort soutenu de réflexion et de discernement. Il s'agit d'aménager ma vie de couple pour que la grâce offerte puisse grandir et produire les fruits que l'on peut espérer.

Il nous faut pour cela identifier et mettre en place les conditions de réussite et surtout repérer les écueils à éviter. Parmi ces derniers, on retrouve les faux objectifs, les fausses croyances, les manques de confiance et le mensonge.

Les fausses croyances

L'amour est facilement influencé par les modèles que nous présente notre culture. Si une partie de ces modèles peuvent être tout à fait valables, on y retrouve par contre plusieurs fausses vérités. Examinons-en deux bien plus répandues qu'on ne pourrait le croire :

1. L'amour est fondé sur le sentiment et l'attirance irrésistibles que nous éprouvons l'un pour l'autre.

Bien sûr, l'idylle amoureuse est au départ de la relation de couple. L'attrait passionnel entre un homme et une femme constitue, pour le croyant, l'appel vocationnel du mariage. Cette passion n'est toutefois qu'un point de départ; l'amour d'un couple ne peut pas durer s'il en reste à cette étape. Même si on sait que la passion ne peut durer, il est surprenant de constater combien de conjoints ne réussissent pas à faire le deuil de cette étape. C'est pourtant là une condition essentielle à la croissance et à l'épanouissement du couple.

Cette difficulté est accrue par la vision romantique et exclusivement sentimentale que nous présentent les médias (romans, télé séries, cinéma). On y montre souvent l'amour comme une force irrésistible,

hors de notre contrôle ou un besoin à assouvir. Dans cette vision de l'amour, on perd de vue que l'amour est aussi, et même surtout, un engagement, une décision à assumer, une alliance devant et avec Dieu. Lorsque Jésus nous propose l'amour comme premier commandement, ce n'est certes pas à la passion romantique qu'il réfère.

Tomber en amour ne demande pas d'efforts ; investir dans un projet d'amour est une toute autre histoire. Je ne peux m'empêcher ici de faire le lien avec le récit de la transfiguration. Pierre, Jacques et Jean auraient bien voulu

s'installer sur la montagne et faire durer indéfiniment le moment d'extase. Jésus s'y refuse et ils doivent redescendre dans la terne réalité du ., quotidien qu'ils seront appelés à transformer par leur engagement. La démarche est tout à fait semblable à celle du couple qui passe de l'amour-passion à l'amour-engagement.

Un autre grand danger de la vision exclusivement romantique de l'amour est de nous amener à croire que la fin de l'emballement passionnel marque la fin du projet amoureux. Même si elle est vécue souvent de façon douloureuse, la fin de la lune de miel constitue au contraire une étape indispensable de croissance. Pour que chacun puisse grandir, il faut que s'établisse une certaine distance. Cette distance crée un espace de liberté nécessaire au développement et à l'épanouissement : de chaque conjoint, car il ne peut y avoir d'amour sans autonomie personnelle et véritable liberté.

Ici encore l'Évangile nous donne un excellent éclairage. Au début, les apôtres sont séduits et emballés par Jésus. Pendant trois ans, ils vont le suivre avec enthousiasme. Puis vient la déception de l'arrestation, de la condamnation et de l'exécution de celui qui devait les sauver. Les disciples vivent le sentiment de s'être trompés et d'avoir perdu leur rêve merveilleux. Ce n'est finalement qu'au-delà de cette crise qu'ils découvrent la force insoupçonnée de la résurrection et de la Pentecôte. Pourquoi ce cheminement ne deviendrait-il pas celui de notre couple ?

2.  Notre mariage est une affaire privée, entre nous deux.

Cette perception du mariage nie la dimension communautaire que revêt un engagement sacré. Se marier c'est s'engager devant une communauté, donc signe vivant de l'amour de Dieu. Or, l'amour de Dieu est toujours fécond, même chez ceux qui vivent l'épreuve de la stérilité. Une vocation est un appel à prendre part à la mission d'édification .~ d'une communauté, ce qui constitue le but même de la fécondité et lui donne son plein sens. Un couple isolé et refermé sur lui-même est toujours un couple qui souffre. L'amour est contagieux et vivre au contact de couples heureux c'est s'exposer à cette merveilleuse contagion. On est porté à chanter dans une sorte d'émerveillement: "Voyez comme ils s'aiment, voyez leur bonheur" !

Il y a également un orgueil malheureux à penser que notre mariage ne concerne que nous. Combien de conjoints (le plus souvent des hommes) refusent de reconnaître leur besoin d'être aidés ? Accepter une aide extérieure dans ma relation de couple, c'est, en fait, reconnaître et  révéler mes limites, mes faiblesses, ma fragilité. Cela demande une humilité dont beaucoup sont incapables. On comprend alors tout le sens de la  béatitude : Bienheureux les humbles.

L'épreuve, une occasion de croissance

Notre perception des difficultés conditionne leur effet. Nous pouvons les ressentir comme une injustice et nous écraser en disant: A quoi bon ?...À A quoi bon faire tant d'efforts ?... A quoi bon continuer ce projet ?... A quoi bon discuter ?... A quoi bon... ? Nous pouvons au contraire y voir un appel de Dieu à aller plus haut, vers un nouveau sommet, d'où la vue sera plus belle. Sentir que j'effectue une escalade ardue vers la lumière plutôt qu'une descente vers les ténèbres.

Si le grain de blé ne meurt, il ne produira pas de fruit. Si la fleur ne se fane, elle ne donnera aucune semence. Tout l'ordre de la création semble orienté dans le sens de l'espérance. Pourquoi y ferions-nous exception ? Les récits évangéliques nous confirment cette orientation : le chemin de la croix conduit à la Résurrection, le repli au cénacle débouche sur la Pentecôte:

Alain Vervaet