Je regarde cette feuille, elle ne restera pas longtemps blanche. D’ici peu, des mots décoreront cet espace devant moi. Comme je voudrais pouvoir donner des couleurs nouvelles à ces lettres qui s’entrelaceront avec une part d’amour. Elles seront pour moi, messagères d’un chemin sans détour. Ma plume deviendra le prolongement de tout mon être. Le bonheur pointera au bout des mes mains tendues. Cette alliance de lettres non-dites ira jusqu’à apparaître quand le flot de mes sentiments profonds, sera mis à nu. Mes doigts effleureront ces lignes qui seront miennes. Je goûterai à la paix du moment, après mon écriture De ce fait, j’aurai chassé de moi, toutes mes peines. La réalisation se transformera en une immense richesse intérieure.
La chrysalide du papillon Empereur, dans la toute dernière phase de sa métamorphose, doit emprunter un tunnel pour devenir l’insecte élégant et gracieux que nous connaissons. Pendant plusieurs heures, elle fournit un effort intense pour se frayer un passage à travers l’étroit goulot final de son cocon en forme de poire. Cette compression insuffle une substance vitalisante dans les ailes du papillon en formation. Pour cet insecte encore à l’état de larve, le passage obligé dans le tunnel resserré du cocon lui permet d’accéder à l’état adulte, armé pour affronter la vie à laquelle il est destiné. Dans la vie de chacun de nous, il y a des passages sombres, des tunnels dont on ne voit pas le bout. Croyant que pour toute souffrance, il y a un but, je sortirai mûri, fortifié comme Dieu a façonné ses plans pour moi. Ça y est, c’est parti! Je vais tracer ma route, et pas n’importe laquelle : celle du combat dont je sortirai victorieuse. Pour cela, pas de carte, ni de boussole, seulement le regard du cœur…
Qui ne se souvient pas de « Rose dans le film le Titanic ». À la toute fin, même si elle a tout perdu, elle n’a pas le goût de mourir. Que fait-elle alors pour sauver sa vie? Oui, vous le savez, elle va chercher l’unique instrument qui lui permettra de se faire entendre, un sifflet ayant appartenu au policier. De toutes ses forces, elle souffle et enfin le son de son cri se fait entendre à travers les vagues et le vent. Et c’est pour cette raison que sur ma boîte, j’y place moi aussi un sifflet pour démontrer que j’ai vraiment le goût de m’en sortir une fois pour toute. Comme le dirait Jésus à Nicodème : « Tu dois renaître à nouveau ».
Le 30 août 1959, une ombre plane sur la ville de Chicoutimi, oui une jeune femme met au monde une petite fille qu’elle n’a peut-être même pas désirée, mais qu’elle a quand même rendue à terme. Un enfant qui pourtant n’avait besoin d’autre que de l’amour des bras de sa mère, son sourire, le son de sa voix. Elle ne pouvait peut-être pas lui donner cet amour, car une fille mère dans ces années, c’était impossible. Vingt-quatre heures après ma naissance, on signe et on m’emporte à l’orphelinat de Chicoutimi. Tout ce qu’il me reste est une photo prise en décembre 1959. Je m’imagine des religieuses aux mains froides et au cœur insensible à la souffrance d’un enfant abandonné. Je viens de percevoir que déjà ma vie ne devait être que prison. Voyez sur la photographie de là-bas, on se croirait dans des cages à poule prêt à se faire couper le cou pour aller à l’abattoir. Si je dis cela c’est que ma santé était fragile et les religieuses ne voulaient pas me faire soigner, cela aurait coûté trop chère. Le sort, selon elle, qui m’était réservé n’était autre que la mort. Qu’est ce qu’elles en savaient, elles? La preuve que même bébé, nous sommes conscient de ce qui nous habite est qu’à l’âge de 5 mois, je ne pesais que 10 livres, le poids d’un nouveau né, je ne voulais plus manger. La même réaction qu’un animal, sans amour, je me laissais guider par l’abandon.
En janvier, un jeune couple ne pouvant plus avoir d’enfants avait le rêve d’adopter une petite fille. Un miracle, peut-être, à leur arrivée face à mon berceau, même si je n’en avais plus la force, il parait que je ne pleurais même plus, je leur ai fait mon plus beau sourire en signe de demande de ne pas me laisser mourir dans cet endroit. Et celui-ci m’a permis d’obtenir leur adoption. Déjà à 5 mois, j’avais mon caractère à moi, je tenais à la vie et malgré tout cela j’avais de l’audace.
Cette famille m’a fait soigner, m’a donné de l’amour et tout ce dont j’avais besoin. Il semble même que ma mère qui avait peur de me perdre me protégeait beaucoup trop et je dois vous dire que c’est loin d’être bénéfique. Fais pas ci, pas ça, c’est dangereux, tu es trop petite, tu vas tomber malade et….. J’ai grandi ainsi en n’ayant pas la possibilité de devenir autonome, j’étais surprotégé. Je n’avais pas le droit d’être comme les autres enfants. Non… comme j’étais adopté, je n’étais pas comme les autres. Et lorsque mes camarades de classe, on su que je venais d’un orphelinat, encore une fois je vis la fin d’un monde. On me traitait d’enfant de la rue, enfant bâtard, une toute nue et…. Retourne d’où tu viens, de nulle part. Encore un tunnel noir, où je me sentais oublié. J’ai vite appris à jouer toute seule. À parler à mes poupées et à mon toutou favori, un gros ours brun, je m’en souviens encore et j’en rie. Lui, je pouvais lui parler, le cajoler, l’aimer et tout lui dire, il était un véritable ami, ce que je n’avais pas. Pour mes parents tout était normal. Ah oui, j’oubliais de vous dire que j’ai un frère qui a sept ans de plus vieux que moi, mais je n’en ai que de vague souvenir. Tout ce que je sais, il est leur véritable enfant.
Ma mère voyant ce que je ne possédais pas, complétait mon vide intérieur avec du matériel. Comme ils avaient un commerce, ils étaient quand même bien côté finance. Mais tout le monde sait que porter la plus belle robe blanche quand tu veux des pantalons, un manteau de fourrure alors que tu veux sauter et bouger ce n’est pas fort. Sans oublier le chapeau qui me tombait sur les nerfs et faisaient rire de moi. Ouais, de tout pour énerver quelqu’un, surtout un enfant. Mais j’avais les nerfs solides et j’étais capable d’en prendre. Moi qui croyais que la vie d’un enfant était belle, rose et tout plein d’amour. J’étais obligé de me raconter mes histoires moi-même. Pour ce qui est du reste, j’ignore si c’est normal, mais je suis comme un disque dur d’ordinateur qui est presque vide. Les souvenirs, même avec les meilleurs efforts du monde ne viennent pas à mon esprit. J’ai l’impression d’avoir traverser le tunnel de l’enfance toute seule, pourtant…. Est-ce possible? Ce n’est peut-être pas pour rien que dès l’âge de 7 ans, je voulais vivre main dans la main avec Jésus Christ. La plus belle anecdote est qu’à cet âge, je me suis levé un beau matin, je me suis rendu seule à l’église en ayant la ferme décision de recevoir l’Eucharistie, moi n’ayant pas fait le sacrement. Bien oui, le prêtre me l’a donné, mais j’ai fait le scandale du quartier. J’étais fière de moi enfin les gens me portait attention.
Le coup le plus dur de toute ma vie et que je traîne encore un peu comme un boulet est le jour de mes six ans, je le revois ce matin, comme un feedback, jamais je n’oublierai ce jour. Mon père s’est permis de me faire des attouchements sexuels. Au début, je ne comprenais pas et pourtant j’arrivais à dire non, mais j’avais peur de sa réaction. Il pouvait profiter de ma faiblesse. Pour lui je me devais d’être deux fois plus forte, car j’ai oublié de vous dire que je remplaçais deux filles qu’ils avaient perdues à la naissance. Je devais agir pour deux, toute une charge pour des épaules comme les miennes.
Ce jour là mon cœur s’est éteint, j’ai fermé les poings et le temps m’a enlevé la vie. La peur s’est imposée à mes nuits et je ne voulais pas savoir ce que serait le lendemain. Depuis je lutte en silence, je marche vers mon passé, le regard en larme, comme si je reposais sur la même ombre du jour de ma naissance. Elle ne m’avait pas oubliée, elle me suivait. Ma mémoire est une bombe, un pourquoi douloureux. Devoir conserver le silence, personne pour me dire que je n’y suis pour rien, personne pour me prendre dans ses bras et calmer cette souffrance. Il a volé mon enfance, détruit mon innocence, m’a fait devenir adulte et oublier tout ces passages que je devais faire pour grandir. Je me retrouve maintenant avec ces images de mon enfance qui me dévorent, m’envahissent, alors que j’avais essayé de vivre comme tout le monde. Je n’ai jamais pu mettre de mots sur cette souffrance, je l’ai vécu et je la revis aujourd’hui. Moi, qui était croyante, combien de fois m’ai entendu dire : « Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné. »
Pendant 18 ans, ce cri de Jésus sur la croix me renvoyait à mes propres cris : le cri de ma détresse, le cri imperceptible car je n’avais plus la force de crier, cris étouffés sous la menace, le chantage, cris du corps, de l’esprit et de l’âme. Avec le temps, il s’est crée un grand silence, car épuiser je n’en pouvais plus. La peur m’habitait, je demeurais dans la même prison de mon enfance, une chambre close et placée sous verrou la nuit. Plus d’amis, plus personne, seule avec moi-même. Étais-ce le sort qui m’était réservé? Vivre dans la noirceur totale pour le reste de ma vie. Je savais malgré tout qu’un jour, je serais moi toute entière et je me tiendrais droite. Oui, un jour peut-être lointain, mais…
Malgré tout cela, il valait le coup qu’il soit mon père. Le plus dur c’est de n’avoir aucune réponse que je n’aurais jamais : pourquoi t’as fait cela, tu étais mon père, tu devais me protéger pas m’agresser. Je suis fatiguée de chercher une réponse, de toute façon cela ne changerait rien. Oui, je l’ai quand même aimé, car il était mon père. Aujourd’hui, il est décédé et je me retrouve avec cette souffrance, ces images de mon enfance qui me dévorent, m’envahissent, alors que j’avais tout enfoui au plus profond pour essayer de vivre comme tout le monde. Sa mort n’a fait que réactiver cette souffrance sur laquelle je n’ai jamais pu mettre de mots. Aussitôt qu’une épreuve surgit dans ma vie, je retourne dans ce tunnel de la mort et je revis mon passé. Existe-t-il une façon de s’en sortir?
En écrivant ce récit qui est une révolte en moi, je me suis dit : « Fais quelque chose de symbolique, d’important pour toi. » J’ai réfléchi à la manière dont je pourrais lui crier ma rancœur, comment je pourrais lui avouer. Je lui en veux encore, il m’empêche de vivre, oui de vivre! D’être moi.
Je vais placer une rose blanche avec le chiffre six et une rose rouge sang. Je vais prendre ensuite deux rubans, l’un noir et l’autre mauve pour faire le nœud du bouquet. Je prendrai aussi du papier violet. Je vais faire un beau bouquet avec ce qui aurait du être les six roses blanches, symbole de l’innocence, de la pureté. La rose rouge c’est l’inceste, la souffrance, la douleur. Le papier violet c’est le deuil, la tristesse. C’est aussi le symbole de la pénitence, celle que j’aurais voulu que mon père fasse. C’est la couleur du carême ou de l’Avent (avant). Le nœud noir et violet est le lien de mort qui me lie à lui, ce lien que je souhaite un jour dénouer. Sur le papier, j’écrierai ces mot qui ont semés la confusion en moi : De ta fille chérie. Cette fille chérie qui aurait espéré un jour devenir simplement sa chère fille, celle qu’il aurait dû respecter. Il aura droit à son message personnel que j’inscrirai sur un parchemin. Peut-être trouverais-je quelqu’un d’assez aimable pour me dire comment faire un rituel avec un pareil rite. Quelque chose qui pourrait me libérer définitivement, car papa n’est plus là et je peux plus lui dire les choses en face. Les auraient-ils seulement écoutés? Il a semé en moi le chaos et tout ce que je peux lui demander maintenant, si son esprit m’entend, c’est de m’aider à vivre et d’anéantir ce cauchemar.
C’est un réflexe, quand quelque chose ne va pas, j’ouvre la plaie de nouveau. J’en veux aussi à ma mère qui disait me protéger, mais elle se cachait dans le silence du clergé, comme encore aujourd’hui. Jamais je ne lui dirais ce que je viens d’écrire. J’ai toujours trouvé qu’elle était faible, et j’avais pitié d’elle, je me disais qu’elle était autant victime que moi, son enfant.
Comme je n’en pouvais plus de vivre ainsi, je décide de partir de la maison à 22 ans et c’est ainsi que je connus l’homme de ma vie. Encore là ce ne fut pas facile. Apprendre à aimer un homme que l’on a choisi pour quitter la maison. Est-ce que je l’aimais vraiment? Une chose est certaine, il était pour moi; sa sensibilité, sa patience m’ont permis de connaître avec le temps de vivre le véritable amour, celui où deux personnes qui s’aiment vraiment peuvent s’unir l’une à l’autre et se donner sans compter. L’union de deux qui ne fait plus qu’un. Oui, ce cauchemar n’a pas hanté la vie d’une seule personne, mais celle d’un couple. De mon union, j’ai fait naître trois beaux garçons, le plus merveilleux de ma vie malgré ce que tout cela comporte. Imaginer, à mon troisième accouchement, tout le personnel déçu car j’avais encore un garçon, mon petit Nicolas. Essayer de leur faire comprendre que vous ne vouliez pas de filles. La peur de faire vivre la même chose à quelqu’un d’autre. Non jamais, pas de filles, cela aurait été trop dur pour moi. J’aurais vécu l’enfer en les surprotégeant. Heureusement qu’ils sont là, leur sourire, leur joie de vivre, me donne du courage pour essayer de me reconstruire. Et surtout, je suis consciente que j’ai un mari formidable car il m’aide beaucoup à travers ces épreuves.
Le dernier et non le moindre évènement est celui de mon suicide. Radio Canada présente une émission : «Les enfants de St Vincent ». Une trame dramatique se nie autour de moi. Je me pensais protéger, mais une vive douleur s’est engendrée en moi. Écouter leurs histoires et puis accepter de les ressentir afin que leurs histoires fussent miennes, accepter de ressentir leur souffrance et enfin les pleurer. Revivre une deuxième fois sa propre mort, reprendre contact avec toutes ces parts de moi éparpillées, les rencontrer, les serrer contre moi, les prendre et les écouter. Je ne veux pas mourir car j’ai des enfants qui m’aiment et qui ont besoin de mon amour et de ma présence pour bien grandir. Paradoxe entre cette force de vie que je tente de recontacter et qui grandit en moi et ce désir de non- existence qui se fait plus violent, grandissant lui aussi.
J’ai alors crié de nouveau à Dieu de m’aider et il est venu à mon secours. C’est alors que ce matin…j’ai décidé de m’arrêter, de cesser mes occupations pour aller à la montagne. Non pas de me rendre loin de chez moi pour gravir des pentes, mais aller à la montagne qui est, au sens de la symbolique biblique, le lieu privilégié de la rencontre de Dieu. Aller à la montagne signifie donc de prendre du temps pour me rapprocher de Dieu. Je m’assoie par terre dans la salle à dîner, je suis seule, et je me recueille dans le silence de la maison, à l’intérieur de mon cœur. Je m’écrie désespérée : « Si Dieu existe, il n’y a que lui qui peut faire quelque chose. » Prendre quelques minutes pour prier, pour crier à Dieu mon désespoir, aller à sa rencontre. Je n’étais pas habituer à prier sans formules déjà toutes faites, mais mon dernier recours avant la mort était d’essayer de donner une chance au silence. Chercher cette intimité qui pourrait me donner mon identité profonde. Dans ces instants de prière silencieuse, la rencontre avec Dieu m’a marqué.
J’ignore à l’instant ce qui s’est produit, une chaleur est monté en moi, mes yeux se sont ouvert sur je ne sais quoi, mon visage ne semblait plus le même. Je lui avais donné ma vie et maintenant il me répondait. Ma vie marquée par l’épreuve, l’échec et la souffrance pouvait maintenant se transformer par la prière, Dieu s’est manifesté à moi d’une manière sensible. Me voici réfléchissante comme un miroir vis-à-vis l’image de Dieu. Dans toute sa splendeur une lumière blanche comme un éclair a surgit. Je n’ai pas eu le temps de penser, il m’a fallu écouter. J’ai constaté une grande révélation. Je me trouvais dans la joie, car je voyais dans la Foi, cette présence de Jésus qui se manifestait à mon cœur. Je sentais Jésus près de moi, comme si une nuée me couvrait de son ombre. Devant moi, trois visages de petits garçons, mes fils à qui j’avais donné la vie. Dieu me dictait simplement de vivre pour eux, ils avaient besoin de leur mère. Une voix me disait : Ce sont tes enfants, aiment les comme moi je t’aime, tu es mon enfant à moi. Je t’ai choisi, toi, et j’attends quelque chose d’unique de toi. Je fus consciente de l’amour de Dieu pour moi. J’ai vu ma misère désormais partir à jamais et je me suis mise à pleurer à très chaudes larmes en disant : » je ne savais pas que j’avais de la valeur aux yeux de quelqu’un, aux yeux de Dieu. Le ciel s’est ouvert sur moi et à mesure que je prenais conscience de mes pensées, de mes actions, je recevais une chaleur intense qui me traversait de la tête aux pieds. Cette richesse chassait ma misère, purifiait mon être tout entier. La grâce de Dieu venait de faire son œuvre en moi, faisant de moi une nouvelle création… il m’est impossible de décrire ce qui s’est vraiment passé, mais j’en garde un souvenir impérissable, et je peux affirmer que c’était non seulement réel, mais divin. J’aurais voulu demeurer ainsi encore longtemps, demeurer en tête à tête avec Dieu. Le Seigneur venait de me dire le plus beau message d’amour qui se devait de porter des fruits. Le silence m’avait apaisé et remplie de sérénité. Dieu en moi avait opéré une transformation… une transfiguration. Malheureusement, ce moment d’intimité ne pouvait durer éternellement. Il me fallait descendre de ma montagne pour retourner à mes occupations quotidiennes. Cependant, plus rien ne serait comme avant. La rencontre intime avec Dieu à permit de transfigurer le restes de ma vie
Suite à cette rencontre que je situe aujourd’hui encore comme un élément nocturne, elle me permit de faire une fin de semaine de Dix O Cubes, au Cégep de Jonquière. Je n’ai pas eu le choix de faire la rencontre avec mon moi intérieur. Je ne vous dis pas que ce fut facile, loin de ça, mais je sortis avec le visage de ma transfiguration. Je pris alors la décision de rechercher ma mère biologique afin de me donner ma véritable identité. Une semaine avant la fête de Noël, l’ombre noire qui ne me lâchait pas d’une semelle, me permit de savoir que ma vraie mère était décédée à l’âge de 52 ans d’un carcinome à l’intestin. Je ne pouvais plus rien. Vraiment le mauvais s’acharnait sur moi, encore un coup de masse sur ma personnalité. C’est à croire que la malchance me suit partout.
Une semaine plus tard, à la célébration de Noël, sans aucune raison, après l’Eucharistie, je me suis agenouillée et me mépris à prier pour cette mère que je ne connaissais pas. « Tu es au ciel maintenant, tu m’as permis de conserver la vie alors aide moi, il faut que je réussisse à construire cette vie qui dorénavant m’appartiens à jamais. » Je décidai de me prendre en main et c’est ainsi que je devins un animateur auprès des jeunes, leader en liturgie. Je me suis crée un monde face à la religion et au clergé. Jamais je n’avais aussi été appréciée par les parents et les jeunes bien sur. Lorsque je pris de façon déterminé ma place dans ma communauté on décida que j’étais menaçante pour les personnes en place. Je décidai alors de retourner à l’université pour chercher un BAC en théologie afin de leur montrer mon bon vouloir. Quelle surprise! Encore une fois, il fallait que je prouve que je valais quelque chose à la société. Mais on ose dire quand même qu’il doute de mes capacités. J’en viens à dire que pour devenir pontife de ma vie, je n’emprunte peut-être pas la bonne voie. L’avenir me le dira.
Pour la première fois j’ai osé parler de ce temps critiques vécues au cœur de ma vie et à lequel j’ai à témoigner aujourd’hui de l’amour de Dieu. Comme les apôtres, j’ai gardé ces instants secrets, sans rien n’en dire à personne. Les gens auraient-ils compris ou au contraire j’aurais passé pour une paranoïaque. Mais ma mission maintenant n’est-elle pas de révéler cette présence du Christ au monde en nous aimant les uns les autres et en rayonnant de cette joie qui vient de l’Esprit. Jésus m’a promis sa présence et il accomplit toujours ce qu’il dit. Depuis je marche dans les voies du Seigneur qui m’a sauvé, qui m’a consolée, qui m’a donné un avenir et une espérance.
Je pense que
nous sommes en quelque sorte un vase que la vie, l'expérience,
va façonner et décorer pour le rendre plus particulier. Et c’est la
raison de mon coffre fort. Malheureusement, il arrive que des événements
douloureux de la vie brisent ce vase en mille morceaux.
La violence physique, morale et/ou sexuelle est terriblement
destructrice et le vase se retrouve en lambeau. Il continue d'exister,
mais sur une image du passé et sur sa réalité présente. Le futur n'est
même plus envisageable. Ma
première boîte qui est ma prison.
Puis un jour, la violence disparaît, et toujours les débris du vase sont
plongés vers le passé et survivent au présent. Puis une force étrange
pousse ce vase à se reconstruire. Non, pas une force, un besoin vital et
impérieux d'être ce qu'il a toujours été. Et là la première vrai gifle,
énorme, implacable. Le vase réalise qu'il ne pourra plus jamais être ce
qu'il était.
Et là, un choix implacable et monstrueux. Rester détruit ou se
reconstruire différemment. Et toujours cette force impérieuse qui
demande à ces débris du vase d'exister. Et là il faut se reconstruire,
débris par débris trouver les pièces du puzzle, trouver la colle, et
surtout être patient.
Identifier les débris demande du courage, parce que ces débris ont tous
une valeur, mais aussi une souffrance. Mais un travail sur soi le
permet.
Non, vraiment le plus difficile, c'est la patience. Parce qu'être
patient implique prendre du temps. Prendre du temps implique voir à
moyen ou à long terme. Et voir à moyen ou long terme implique une
projection vers l'avenir, là où toute notre vie a été conditionnée par
le passé et le présent. Et se projeter vers l'avenir, admettre qu'il y a
un futur possible, ça, c'est vraiment difficile. Parce que l'inconnu
fait peur. Le passé, il est douloureux mais on le connaît. Le présent,
il fait mal mais il est connu, parce qu'enfermé dans des habitudes, dans
des carcans qui font que les débris bougent mais se réparent peu, mal ou
même pas du tout.
Et puis quel avenir ? Là, le vase a peur. Et pourtant petit à petit on
recolle les morceaux. On crée un socle de départ, puis le vase reprend
forme. Ici des pièces manquent, puis petit à petit on bouche les trous,
car il reste de moins en moins de débris. Le nouveau vase prend forme.
De nouveaux combats sont à mener. Et là vient la première révélation. Le
vase existe. Et plus étonnant, même brisé, il n'a jamais cessé
d'exister. Et de cette révélation naît une force qui nous aide à
renforcer la colle, à rendre le vase plus solide encore. Un tri se fait.
Ceux qui désormais ne peuvent plus nous détruire s'éloignent de nous.
Ceux qui nous soutiennent se rapprochent. De là naît la famille de coeur,
la plus belle de toutes. Et le vase reconstruit est plein de cicatrices,
de fêlures. Mais comme un os brisé ne peut pas se rebriser au même
endroit, ce vase qui était en mille morceau ne peut plus être détruit.
Il est mouvant. Parfois les cicatrices font mal. Mais il est puissant,
bien plus puissant que ne l'était le vase originel ! Et ce vase devient
unique, non seulement par sa spécificité, sa particularité, le fait
qu'il n'en existe qu'un modèle au monde : celui-là !, mais aussi et
surtout parce qu'on connaît chaque infime parcelle de ce vase. On
connaît tous ces grains qui font un tout, là où avant on ne saisissait
que le tout.
Ceci m'a amené à une autre réflexion. Souvent l'aide proposée l'est pour
la tête, qui souffre, c'est clair. Mais les stigmates sont dans le
corps. Si on ne soigne, si on ne reconstruit que la tête, le corps
réveillera et révélera incessamment les douleurs. Les latinistes avaient
raison : Un esprit sain dans un corps sain. Le jour où on parvient à
l'admettre, la voie de la reconstruction est toute tracée. Et le jour où
on parvient à l'accepter, la reconstruction est presque achevée.
Et cette réflexion-là m'offre la réponse à la question : Quel avenir ?
Parce que ce sera l'avenir qu'on se choisira, en âme et conscience. En
étant à l'écoute de notre corps, on pourra décider avec qui partager des
moments amitié, des moments amoureux, on saura accepter ou refuser les
choses. L'avenir de ce vase qui était détruit et qu'on veut
reconstruire, c'est choisir. L'avenir, ce sera le choix. Et le choix, ce
sera la liberté. Et la liberté, c'est le plus beau moteur qui soit pour
se reconstruire.
En terminant j’ai le goût de traduire un mot venant de ma voix intérieure.
Je suis unique au monde, ma vie m’appartient. Je dois vivre un jour à la fois et réaliser ma chance sans m’attarder sur mes problèmes. Je m’en sortirai quels que soient les évènements. J’ai toutes les réponses en moi. Comprendre et garder le courage. Rester forte…
Ne m’imposer aucune limite. Mes rêves n’attendent que moi. Les décisions sont trop importantes pour les abandonner. Je ne dois pas perdre de vue ma raison d’être. Les soucis ne sont qu’une vaine perte d’énergie. Plus un problème attire notre attention plus il pèse lourd. Ne pas trop prendre les choses au sérieux, vivre sereinement et laisser tomber les regrets. Avoir confiance en ma bonne étoile. Et surtout de ne pas oublier jamais…ne serait-ce qu’un jour, que je suis quelqu'un d’unique. Depuis le début de ma vie, je traverse des passages qui sont de la mort à la vie, jamais je n’ai abandonné. J’ai réussi à faire une brèche dans l’ombre qui me suivait et maintenant je ne marche plus dans les ténèbres. Une lumière jaillit à travers ce mystère qui est le mien. Dorénavant, je suis une nouvelle création et j’espère que plus rien ne viendra ternir cette nouvelle relation, celle de l’amour et de la vie.
Même si toutes les émotions de la vie m’ont tout simplement laissé un beau cadeau, « la fibromyalgie », je ne me laisserai pas abattre par celle-ci. Il me reste plusieurs années à vivre heureuse et épanouie, mais qui aura le courage ou l’audace de m’aider à me diriger dans la direction que je souhaite. Réussir mon bonheur et faire vivre à ceux qui sont à la recherche de leur vérité intérieure. J’ai délaissé l’Église et son clergé en me disant qu’il y avait meilleure source d’inspiration.
Je sais que dans la société de 2005, il y a des individus en difficulté, des jeunes, des adolescents, des endeuillés, et… Mon désir le plus chère est de me retrouver sur leur chemin afin de les aider à reconnaître le chemin du bonheur. Ce n’est pas toujours facile, mais je le dis à voix haute, tout est possible si on le désire.
Francine Gaudreault